En bref. Renault Group avance avec une équation plus subtile que le simple passage au tout-électrique : Renault doit rendre l'électrique désirable, Dacia doit protéger le prix juste et Ampere doit faire baisser les coûts industriels et logiciels. C'est cette combinaison qui peut aider le groupe à rester compétitif en Europe face à Stellantis, Volkswagen, Hyundai-Kia, BYD et les nouveaux entrants chinois.

Un groupe plus solide, mais pas hors pression

Renault Group sort d'une séquence financière plus lisible que beaucoup de concurrents européens. En 2025, le groupe a publié 57,9 milliards d'euros de chiffre d'affaires, en hausse de 3 %, avec une marge opérationnelle de 6,3 %. La perte nette publiée cette année-là tient surtout aux impacts comptables liés à Nissan, ce qui change la lecture : le cœur opérationnel reste rentable, mais l'environnement automobile demeure instable.

Le premier trimestre 2026 confirme cette tension entre solidité et vigilance. Le chiffre d'affaires atteint 12,53 milliards d'euros, en hausse de 7,3 %, alors que les ventes mondiales reculent de 3,3 % à 546 183 véhicules, notamment à cause de perturbations ponctuelles chez Dacia. Le signal utile n'est donc pas seulement le volume : Renault Group cherche à défendre la valeur, le mix produit, les canaux de vente et les valeurs résiduelles.

Renault vend du désir, pas seulement des kilowattheures

La marque Renault porte le versant émotionnel et technologique de la stratégie. Au premier trimestre 2026, elle vend 397 602 véhicules, en hausse de 2,2 %, et progresse en Europe. Surtout, les ventes de véhicules électriques de la marque augmentent de plus de 40 %, tirées par Renault 5 E-Tech electric, la montée en puissance de Renault 4 E-Tech electric et la performance de Scenic E-Tech electric.

Ce point compte parce que l'électrique européen ne se gagne pas uniquement avec une fiche technique. Renault tente de faire de la R5 et de la R4 des produits de marque, reconnaissables, assemblés dans le dispositif Ampere ElectriCity, capables de parler autant à la nostalgie qu'au coût d'usage. L'objectif est clair : éviter que la voiture électrique compacte soit perçue comme une contrainte réglementaire, et la replacer dans une logique de désir, de design et d'usage quotidien.

Dacia garde la discipline du prix

Dacia joue un rôle différent. La marque ne promet pas le rêve technologique, elle promet la simplicité, le coût maîtrisé et l'essentiel utile. En 2025, Dacia a vendu 697 408 véhicules, en hausse de 3,1 %, avec une deuxième place sur le podium européen des ventes aux clients particuliers. Sandero reste un pilier, Duster conserve une forte traction et Bigster donne à Dacia une présence plus crédible sur le segment C-SUV.

L'électrification Dacia reste volontairement pragmatique. Spring progresse fortement en 2025 et devient un repère sur le segment A électrique, tandis que les hybrides montent vite dans la gamme, notamment grâce à Duster et Bigster. Au premier trimestre 2026, la marque recule à cause de problèmes météo, logistiques et de production, mais Renault Group signale aussi un carnet de commandes solide. Pour Dacia, l'enjeu n'est pas de courir après l'image premium : c'est de prouver que l'électrification peut rester compatible avec le rapport prix/usage.

Ampere est le moteur caché de l'équation

Ampere est moins visible pour le grand public, mais c'est probablement la pièce la plus stratégique. L'entité concentre le développement électrique, logiciel et industriel du groupe. Elle travaille sur les plateformes, les batteries, les coûts, les partenaires technologiques et les modèles comme Renault 5, Renault 4 ou Twingo E-Tech electric.

Le cas Twingo est révélateur. Ampere présente la future Twingo E-Tech electric comme un véhicule urbain développé en moins de deux ans, avec un objectif de prix inférieur à 20 000 euros. Le recours à une batterie LFP et à une architecture cell-to-pack doit contribuer à réduire le coût batterie d'environ 20 %. Dans la stratégie futuREady, Renault Group vise plus largement une baisse de 40 % du coût des véhicules électriques. C'est là que se joue la bataille : pas seulement produire des voitures électriques, mais les produire assez vite, assez bien et assez bas en coût.

Une stratégie à trois étages

Renault Group n'a pas une seule réponse à la transition. Le groupe segmente les rôles, les prix et les imaginaires. Cette architecture peut sembler complexe, mais elle évite aussi de demander à une seule marque de tout porter.

ÉtageMarques ou entitésRôle stratégiquePoint de vigilance
Désir et innovationRenaultInstaller les modèles électriques comme des produits attractifs, pas seulement réglementaires.Maintenir des prix accessibles sans affaiblir l'image de marque.
Valeur et simplicitéDaciaProtéger le rapport prix/usage avec Sandero, Duster, Bigster, Spring et les hybrides.Ne pas perdre l'ADN essentiel en montant vers le segment C.
Coût et logicielAmpereMutualiser plateformes, batteries, logiciels, industrialisation et vitesse de développement.Transformer les objectifs de coûts en marge réelle, pas seulement en promesse technique.
PartenariatsFord, Nissan, Mitsubishi, AlpineFaire de l'outil industriel et des plateformes Ampere un actif pour d'autres marques.Éviter que la production pour partenaires brouille la priorité donnée aux marques maison.

Les partenariats changent la valeur d'Ampere

Le partenariat avec Ford illustre un basculement intéressant. Renault Group et Ford ont annoncé deux futurs véhicules électriques Ford fondés sur la plateforme Ampere, produits dans le nord de la France. Pour Renault, ce n'est pas seulement un contrat industriel : c'est une façon de valoriser ElectriCity, ses plateformes, son savoir-faire logiciel et sa capacité à produire des modèles électriques européens compétitifs.

Ce modèle peut devenir un avantage si les volumes suivent. Il permet d'amortir plus vite les plateformes et les usines, tout en donnant à Renault Group un rôle de fournisseur technologique européen. Mais il demande aussi une grande discipline : produire pour d'autres marques ne doit pas détourner l'attention des lancements Renault et Dacia, ni créer une dépendance trop forte à quelques partenaires.

Les limites à garder en tête

La première limite reste le prix. Même avec Renault 5, Renault 4, Spring ou Twingo, l'électrique compact doit convaincre face à des clients sensibles au coût total : mensualité, assurance, recharge, entretien, autonomie réelle et valeur de revente. Les aides publiques peuvent accélérer la demande, mais elles rendent aussi certains volumes dépendants de dispositifs politiques.

La deuxième limite concerne la cohérence de marque. Renault veut monter en désirabilité, Dacia veut rester simple, Ampere veut accélérer la technique. Si ces trois logiques se renforcent, le groupe gagne en clarté. Si elles se concurrencent, le client peut ne plus savoir où se trouve la meilleure proposition : Renault plus chère mais plus désirable, Dacia plus rationnelle, ou un partenaire utilisant les mêmes briques industrielles.

Ce qu'il faut suivre maintenant

Les signaux les plus importants seront concrets : montée en cadence de Renault 5 et Renault 4, accueil de Twingo E-Tech electric, récupération des volumes Dacia après le trou du premier trimestre, part de l'électrique et de l'hybride dans le mix européen, marge opérationnelle et free cash-flow automobile. Il faudra aussi suivre la capacité d'Ampere à transformer ses économies annoncées en prix clients et en marges défendables.

Pour La Compagnie des Marques, Renault Group devient un cas de stratégie de marque très lisible : la transition électrique ne se joue pas seulement dans la technologie, mais dans la répartition des rôles. Renault attire, Dacia rassure sur le prix, Ampere doit rendre l'ensemble possible.

FAQ

Quel est le rôle d'Ampere dans Renault Group ?

Ampere concentre les compétences électriques, logicielles et industrielles du groupe. Son rôle est de réduire les coûts, accélérer le développement et fournir les plateformes des futurs véhicules électriques.

Pourquoi Dacia est-elle importante dans cette stratégie ?

Dacia protège la promesse de valeur du groupe : des voitures simples, robustes et bien placées en prix. Son électrification doit rester compatible avec cet ADN.

Renault Group mise-t-il uniquement sur l'électrique ?

Non. Le groupe accélère l'électrique, mais conserve aussi une forte logique hybride, notamment en Europe et chez Dacia, pour répondre à des usages et budgets différents.

Pourquoi le partenariat avec Ford est-il important ?

Il montre que la plateforme Ampere et les usines ElectriCity peuvent devenir des actifs industriels pour d'autres constructeurs, ce qui peut aider à amortir les investissements.

Quels indicateurs suivre pour juger la réussite ?

Les volumes de Renault 5, Renault 4, Twingo E-Tech electric, Dacia Spring, Duster et Bigster, la part de l'électrique et de l'hybride, la marge opérationnelle et le free cash-flow automobile sont les repères les plus utiles.